Le droit de la blockchain

Le droit au service de la technologie

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La blockchain, une technologie fondée sur la confiance

Selon l’Académie française, le mot « confiance » est emprunté du latin confidentia, lui-même dérivé de confidere, « confier ». La confiance se définit ainsi pour les immortels comme « l’espérance ferme que l’on place en quelqu’un, en quelque chose ».

La confiance présuppose une relation et désigne ainsi à la fois la confiance active, que l’on donne, et la confiance passive, que l’on reçoit[1]v. J-M. Servet et Ph. Bernoux (sous la dir. de), La construction sociale de la confiance, Association d’économie financière, Montchrestien, 1997. Cette « relation de confiance » garantit alors une certaine stabilité et donc une sécurité qui, si elle n’est pas définie en droit,  fait néanmoins l’objet d’une protection pénale [2]La protection pénale de la relation de confiance – Yvonne Muller, RSC 2006. 809.

C’est cette confiance dont se réclame la technologie blockchain. En effet, la confiance est accordée autant à la technologie en elle-même qu’à la communauté d’utilisateurs qui la soutient et sans laquelle elle ne peut exister.

confiance - trust - blockchain

La blockchain voudrait ainsi réussir là où Internet a échoué : si le réseau des réseaux a profondément modifié les rapports sociaux et économiques, il n’a jamais réussi à se passer totalement de tiers de confiance. Or, c’est précisément, de par son architecture décentralisée et distribuée, la nature de la blockchain.

La philosophie libertaire des débuts de l’Internet semble donc ressusciter avec la blockchain, avec un objectif : aller encore plus loin dans la déconcentration et la désintermédiation.

Dans un monde dont on déplore souvent la perte de repères et où la confiance dans la technologie n’a jamais été aussi forte[3]Les règles de la confiance sur Internet, 18 mars 2011 R. Francou et D. Kaplan – Le Monde il ne peut qu’être constaté que la blockchain aurait sans doute eu du mal à arriver à un moment plus opportun.

Si nos sociétés semblent « organisées par et pour la science et les techniques » [4]Nature et technique. Essai sur l’idée de progrès – D. Bourg, Hatier, 1997, ces dernières fascinent autant qu’elles inquiètent. En tant que technique, la blockchain ne fait pas exception.

Dés lors, faut-il faire confiance à la blockchain ? La réponse peut paraître tiède et guère satisfaisante : il ne faut pas, pour l’instant, s’empresser de donner toutes les clés de son coffre-fort numérique à la blockchain.  Sans confisquer le débat au nom de la compétence technique, il faut, outre une maturation nécessaire de la technologie, engager une réflexion de fond sur l’utilité, les applications et les enjeux pour les utilisateurs comme pour la société. Après tout, comme disait Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » [5]Pantagruel, F. Rabelais, (1542), Gallimard éd. 1964.

References

1 v. J-M. Servet et Ph. Bernoux (sous la dir. de), La construction sociale de la confiance, Association d’économie financière, Montchrestien, 1997
2 La protection pénale de la relation de confiance – Yvonne Muller, RSC 2006. 809
3 Les règles de la confiance sur Internet, 18 mars 2011 R. Francou et D. Kaplan – Le Monde
4 Nature et technique. Essai sur l’idée de progrès – D. Bourg, Hatier, 1997
5 Pantagruel, F. Rabelais, (1542), Gallimard éd. 1964

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